Honnêtement, je ne l’ai pas vu venir.
J’étais Product Owner. Mon truc, c’était de faire le lien entre les gens qui ont des idées et les gens qui codent. Je rédigeais des user stories, j’animais des cérémonies Scrum, je défendais des priorités en réunion. Un métier de traducteur, dans le fond. Utile, mais surtout… très procédurier.
Et puis l’IA s’est invitée dans mon quotidien.
Quand la machine fait ton boulot en 30 secondes
Le premier choc, c’est quand j’ai demandé à ChatGPT de rédiger des user stories à partir d’un brief vague. Il m’a sorti quelque chose de correct en quelques secondes. Mieux structuré que ce que je faisais après une heure de travail. Franchement, ça m’a mis un coup.
Prioriser un backlog, générer des specs, documenter une feature : tout ce qui m’occupait des après-midis entières se faisait maintenant en quelques prompts.
J’aurais pu m’effondrer. J’aurais pu crier à la fin du monde.
J’ai plutôt changé de question. Pas « est-ce que l’IA va me remplacer ? » mais « qu’est-ce que je fais maintenant que je suis libéré de tout ça ? »
J’ai arrêté de gérer. J’ai commencé à construire.
C’est là que le titre a changé dans ma tête. Product Builder, pas Product Owner.
La différence, elle est simple : avant, je gérais un backlog. Maintenant, je construis des choses. Directement. Sans attendre qu’une squad de huit personnes valide trois sprints pour tester une idée.
No-code, low-code, agents IA, automatisations : j’assemble des briques. Je prototype en une après-midi. Je teste avec de vrais utilisateurs en 72 heures. Ce qui prenait des semaines se fait en jours. Ce qui nécessitait une équipe entière, je le fais souvent seul.
Des outils comme Bubble, Make ou n8n ont rendu ça possible pour n’importe quel profil produit un peu curieux. Ce n’est pas de la magie. C’est juste que les outils ont rattrapé l’ambition.
Ce que l’IA ne fera jamais à ma place
Soyons clairs, je ne vis pas dans une pub LinkedIn.
L’IA génère, elle ne ressent pas. Elle ne sait pas pourquoi un utilisateur bloque sur votre formulaire au troisième champ. Elle ne capte pas la frustration dans la voix d’un client pendant un test. Elle ne distingue pas une vraie douleur d’une lubie de direction.
Ça, c’est encore mon boulot. Comprendre les gens, identifier les vrais problèmes, faire les bons arbitrages. L’IA m’aide à aller plus vite vers les réponses. Elle ne trouve pas les bonnes questions à ma place. C’est d’ailleurs bien documenté dans les réflexions sur l’impact de l’IA sur le Product Management.
Ce que j’ai vraiment perdu, et ce que j’ai gagné
J’ai perdu les réunions interminables. Les specs que personne ne lit. Les discussions sur la vélocité de l’équipe.
J’ai gagné la capacité de tester une hypothèse sans demander la permission à tout le monde. J’ai gagné la vitesse. Et franchement, j’ai gagné du plaisir au travail.
Devenir Product Builder, ce n’est pas une rétrogradation déguisée. C’est comprendre que le vrai travail, c’est résoudre des problèmes, pas administrer un outil de ticketing. Des voix comme Lenny Rachitsky le répètent depuis des années : le Product Management évolue vers plus d’exécution directe.
Alors, le métier a disparu ?
Non. Il a mué.
L’IA n’a pas tué le Product Owner. Elle a tué la version ennuyeuse du métier. Celle qui passait ses journées à remplir des cases plutôt qu’à réfléchir.
Ce qui reste, c’est l’essentiel : la vision, le contact humain, et la capacité à assembler les bonnes pièces au bon moment.
L’IA n’a pas supprimé le métier. Elle a supprimé l’excuse de ne pas savoir faire.
Alors vous attendez quoi ?