Votre backlog ressemble à votre pile de jeux Steam jamais terminés. Et c’est normal.

J’ai 94 jeux dans ma bibliothèque Steam.

J’en ai terminé 6.

Les 88 autres me regardent. Silencieusement. Avec ce petit pourcentage de progression affiché sous le titre, « 2%, dernière session : il y a 4 ans », qui a le don de me faire culpabiliser un mardi matin entre deux cafés.

Et un jour, en ouvrant Jira, j’ai eu exactement la même sensation.

Le backlog, c’est pas une to-do list. C’est un musée.

Un musée de toutes les bonnes idées que vous avez eues, que d’autres ont eues, que quelqu’un a eues un vendredi à 17h45 juste avant de partir en week-end. Chaque ticket est une intention. Un espoir. Un « on devrait vraiment faire ça un jour ».

Le problème, c’est que « un jour » n’est pas un sprint.

J’ai vu des backlogs à 600 tickets. Des backlogs qui remontaient à 2018. Des user stories écrites par des gens qui avaient quitté l’entreprise depuis longtemps, pour des features que plus personne ne réclamait, sur des parcours qui avaient été refaits trois fois depuis.

Ces tickets étaient toujours là. Vivants. Priorité « Medium ». En attente de leur tour.

Comme FIFA 21 dans ma bibliothèque Steam. Encore emballé.

Groomer son backlog, c’est pas glamour. C’est indispensable.

Le backlog refinement, tout le monde sait que c’est important. Personne n’aime le faire. C’est la corvée de vaisselle de l’agilité, nécessaire, ingrate, et ça recommence la semaine d’après.

Mais un backlog non entretenu, c’est une dette. Pas technique. Cognitive. Chaque ticket flou qui traîne, c’est un micro-doute qui s’accumule. Une décision qui n’a pas été prise. Une conversation qui n’a pas eu lieu.

Et au sprint planning, ça se paye cash.

Ce que j’ai appris à force de piloter des projets : les meilleures équipes ne sont pas celles qui livrent le plus. Ce sont celles qui savent quoi ne pas faire. Qui regardent un ticket en face et disent « non, on archive, on passe à autre chose » sans passer 40 minutes à justifier la décision.

Fermer un ticket sans le livrer, c’est une compétence. Une vraie.

Le vrai problème, c’est la culpabilité.

On garde des tickets comme on garde des jeux. Par principe. Parce qu’on a payé. Parce que « ça pourrait servir ». Parce que quelqu’un haut placé y tient encore vaguement.

Mais un backlog qui grossit sans jamais maigrir, c’est un signal. Pas d’échec, de volume. Il y a trop d’entrées pour trop peu de sorties. Et à un moment, l’équipe arrête de faire confiance à la liste parce que la liste ne reflète plus la réalité.

La réalité, c’est trois choses qui comptent vraiment ce trimestre. Pas 600.

La dette cognitive accumulée par un backlog ingérable coûte bien plus cher que le temps passé à le nettoyer. Les équipes qui performent le savent.

Donc voilà ce que je vous propose.

Ouvrez votre backlog. Filtrez tout ce qui n’a pas été touché depuis six mois. Regardez chaque ticket. Posez une seule question : si on ne le fait jamais, est-ce que quelqu’un s’en aperçoit ?

Si la réponse est non, archive, sans cérémonie, sans réunion de 45 minutes pour en discuter.

Et les 88 jeux Steam ? Pareil. Stray a l’air sympa mais soyons honnêtes, vous ne le lancerez pas.

Votre backlog vous remerciera. Votre équipe aussi.

Votre bibliothèque Steam, elle s’en fout. Elle a l’habitude.